All the small things ou l’achat de son premier skate

Pour moi, le skate c’est l’ultime plafond de verre pour les femmes dans les sports entre autres pour la question de l’attitude. Le skate, ça se doit d’être cool, et juste en disant ça, je passe pour ringarde. Dans mon imaginaire, c’est le rêve punk rock des années 90. Une fille qui en fait doit être un peu tomboy, vouloir à tout prix se faire accepter par les gars, aimer les sonne-décriss, avoir un TDAH, et vouloir toute péter. C’est aussi un sport qui est traité comme une phase : pensez à la façon dont les skateparks sont construits. On cible une population qu’on souhaite occuper dans ses temps libres pour ne pas les avoir dans les jambes (les adolescents en recherche d’identité) en essayant de faire un espace assez intéressant pour eux, sans encourager le vandalisme ou se retrouver avec un désert de plywood et de rambardes sans escaliers. La jeune diplômée pas loin de la trentaine en recherche d’emploi que je suis s’identifie très peu à ces profils-là. Malgré le fait que je ne sois pas révoltée et que je m’aperçois que Blink 182 vieillit un peu mal, j’aime faire du skate. En passant, est-ce que quelqu’un peut me dire si le ‘planchodrome’ de Saint-Bruno est visité par autre chose que des pigeons? Est-ce que la traduction de ‘skatepark’ était vraiment nécessaire?

Il y a aussi l’idée du risque. Le fait de rouler sur du béton ou de l’asphalte fait peur à bien des filles, moi la première. On s’est tellement fait dire souvent qu’on doit faire “attention de pas tomber!”, qu’on en est venues à croire que nos os sont faits en porcelaine. J’ai beau avoir joué au rugby et tripper sur le freestyle en kitesurf, ma première débarque de skate m’a fait réaliser que j’avais une peur bleue du béton. Je me rappelle clairement ce moment-là, et la révélation qui a suivi. Je commençais à peine le skate, j’avais emprunté celui d’un ami, j’ai fait un mouvement qui m’a déstabilisé, et j’ai planté par en arrière. Chaque milliseconde est encore vive dans mon esprit : j’étais convaincue que l’atterrissage serait mon dernier. J’étais en pleine panique, j’avais les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte, j’ai arrêté de respirer. C’était la fin. Après le choc, je me suis relevée d’un coup, défensive, encore en pleine panique. J’ai croisé le regard dubitatif de mon ami à travers ses longs cheveux blonds, et j’ai réalisé que je n’avais mal nulle part. Pas une scratch, pas un bleu. J’étais tombée à une vitesse de 4km/h et comme j’avais les genoux pliés, mon derrière avait parcouru une distance totale d’environ 1 mètre avant de trouver le pavé. Ben non, mes os ne s’étaient pas transformés en poussière au contact du béton. On m’avait menti : je ne suis pas un objet fragile.

Ce qui nous amène au coeur du sujet : ton premier skate. Voici mes conseils de fille qui n’était pas destinée à faire du skate.

Utilisation projetée

Il existe plusieurs types de skates, avec lesquels tu vas faire différents types de ride. Veux-tu naviguer tranquillement? Cherches-tu la vitesse? Le downhill? As-tu envie de te lancer dans le freestyle, les piscines, et les half-pipes? Veux-tu quelque chose qui rappelle le surf? C’est le carving qui t’intéresse? Penser à tout ça aide à décider quel skate est le meilleur pour toi.

Les pièces et le vocabulaire

Vous pouvez choisir chaque pièce séparément ou tout acheter déjà assemblé.

Le deck

Il y a eu beaucoup d’expérimentation sur la forme du deck depuis les années 50. Aujourd’hui, ceux qu’on voit le plus fréquemment sont le popsicle (le classique) et le deck de longboard, qui est plats et très long. Vous aurez aussi à faire un choix sur le design, profitez-en pour vous exprimer!

Les trucks

Attachés sous le deck, ils tiennent les roues sur le deck (voir photo). Ce qui va varier précisément c’est la largeur de l’essieu (axle) et l’angle à laquelle il va tourner, ainsi que la hauteur de l’armature (hanger). L’essieu est généralement de la même largeur que le deck, mais il y a de la place pour l’expérimentation. S’il y a juste un kingpin (la vis sur laquelle l’essieu pivote), l’axe de rotation va être minimal, donc vous allez tourner plus large. S’il y en a deux, ça tourne plus serré. Vous pouvez aussi ajuster la tension dans les bagues (bushings) pour gérer vos virages. Vérifiez comment les trous de vis sont faits sur votre deck avant d’acheter, parce qu’il existe deux types de socles (baseplate), mais stressez-vous pas avec ça, le problème se règle en 2 secondes avec une drill.

Les roues

Elles varient en diamètre, en dureté, et en superficie de surface de contact. Elles ont un impact sur l’adhérence au sol, l’accélération et la vitesse maximale. Une petite roue très dure n’aura pas une grande adhérence, aura une bonne accélération, mais est limitée dans sa vitesse de croisière. Une roue large, molle et plate adhère très bien, permet d’aller plus vite mais n’accélère pas tellement bien.

Le grip tape

À l’achat de votre deck, la shop va sûrement vous proposer de le poser pour vous. Dites oui, ça simplifie la tâche et ça va être bien fait. Ils sont habitués, eux. Il faudra peut-être le changer un moment donné s’il n’est plus rugueux, mais c’est peu probable. Il a généralement une espérance de vie plus longue que celle de la planche sur laquelle il est posé.

Les vêtements

Souliers plats et du linge dans lequel vous n’aurez pas peur de faire des trous. Si vous en sentez le besoin et que c’est ce que ça prend pour vous convaincre de faire du skate, équipez-vous d’un casque, de protège-coudes et de protège-genoux. Vous ne devriez jamais vous empêcher de faire quelque chose parce que vous avez peur d’avoir l’air folle. Dites-vous aussi que, protège-genoux ou pas, vous ne cadrez pas dans le décor en partant mais que ledit décor est l’outil même qui vous a empêché de faire du skate avant aujourd’hui. En gros, fuck le décor.

Le type de ride

Penny

Petit, léger, pas cher. Bon pour commencer, mais peu de possibilités pour le progrès. En plastique, vendu tout assemblé. Utilisé pour se promener peinard en ville.

Longboard

Smooth, confortable. Facile à apprivoiser pour les débutants et donne plus de possibilités pour s’améliorer. C’est une planche qui peut être très rapide (pensez aux vidéos de downhill qui donnent froid dans le dos), et qui tourne assez bien.  Deck de plus de 33” de long, roues assez grandes, plates, et molles. Les trucks à reverse kingpin, c’est-à-dire les vis face aux extrémités du deck, donnent plus de stabilité que ceux avec les kingpins vers l’intérieur.

Surfskate

Assez cher à cause des trucks à double kingpin qui pivotent beaucoup plus que n’importe quel autre type de skate. Cette particularité permet de « pomper » pour avancer, sans avoir besoin de pousser avec le pied. On cherche à reproduire le feeling du surf et les manoeuvres qu’on peut faire dans l’eau. Adapté au skatepark, mais plus souvent utilisé sur du plat avec des petits dénivelés qui rappellent une vague. Pas du tout adapté au downhill ou la haute vitesse, mais je vois de plus en plus de gens faire de la piscine et du half-pipe. Moins spectaculaire que du skate classique ou le longboard, il donne néanmoins l’opportunité d’apprendre beaucoup de choses. Deck en fish ou forme similaire. Comme le longboard, les roues sont plates avec un assez grand diamètre, et peuvent être plus ou moins molles. Au début, vous êtes vraiment mieux de prendre du mou sinon ça dérape trop.

Le classique

Pour les adeptes des flips et du skatepark. C’est le skate un peu tout aller, avec lequel tu peux pousser les figures vraiment loin. On veut des roues petites et dures, pour permettre de déraper sur commande et d’accélérer facilement. On veut aussi des trucks rigides. J’ai plusieurs amies de kite qui ont choisi un longboard pour débuter et qui ont fini par le laisser tomber parce qu’elles n’ont pas envie de faire du gros downhill. Ces filles-là trippent sur le freestyle dans l’eau et un skate classique aurait sûrement été plus proche de ce qu’elles aiment faire.

De mon côté, je roule un surfskate avec une image d’humains qui se transforment en chats et des couleurs pastel sur le deck. Je n’ai pas de talent particulier pour le skate, mais ça m’a appris plein de choses que je peux utiliser en surf, en kitesurf strapless et en snowboard. Ça passe le temps, c’est relax (ou pas), et ça me permet de me dépasser. Plutôt qu’aller prendre une simple marche, je pars à la recherche de nouvelles vagues de béton et j’espère un jour être capable de faire un roundhouse cutback (merci google) dans l’eau.

N’hésitez pas à m’écrire pour poser des questions et me faire part de vos commentaires. Je suis aussi très intéressée de savoir ce que vous roulez et pourquoi vous avez fait votre choix.

En attendant, on se voit dehors!

Judith

Pour les nerds dans mon lectorat https://www.real-world-physics-problems.com/physics-of-skateboarding.html

Photo d’entête : Judith Landry

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